Face aux vagues de chaleur, les villes peinent à se rafraîchir. SOPREMA développe des solutions qui font du toit plat un véritable outil d'adaptation climatique. Rémi Perrin, Directeur R&D, explique comment la végétalisation, associée à une gestion intelligente de l'eau, peut améliorer durablement le confort urbain — y compris en période de stress hydrique.
Les villes deviennent plus difficiles à vivre l'été. Quel rôle peut jouer le toit plat dans cette adaptation ?
En période de forte chaleur, les villes se rafraîchissent beaucoup moins la nuit que les campagnes voisines. L'une des raisons tient à leur forte minéralisation — bâtiments, parkings, voiries : il y a moins de végétation, moins d'eau, et le cycle naturel de l'eau qui permet ce rafraîchissement est en partie rompu. L'enjeu est donc de réintroduire de la végétalisation en ville, y compris en toiture, pour profiter de sa capacité naturelle à rafraîchir l'air.
Cette capacité repose sur l'évapotranspiration. De quoi s'agit-il ?
C'est le phénomène par lequel l'eau est restituée dans l'air par les plantes et le support végétalisé. Lorsqu'elle s'évapore, l'eau capte une partie de la chaleur environnante. On le ressent en sortant de la piscine ou de la douche : tant qu'il reste de l'eau sur la peau, on éprouve une sensation de fraîcheur. En ville, le principe est identique — l'eau puise de la chaleur dans son environnement pour s'évaporer.
SOPREMA a développé un système appelé Sopranature Fresh, avec une composition végétale optimisée pour favoriser cette évapotranspiration. Avec cette solution pour toits plats, on peut atteindre jusqu'à 4 °C de réduction de la température de l'air extérieur.
Pour rester efficace en période de canicule, cette végétalisation doit être irriguée. Comment éviter de consommer de l'eau potable ?
C'est une vraie contradiction en apparence — mais c'est précisément là que le toit plat révèle tout son intérêt. Il permet de récupérer l'eau de pluie là où elle tombe, puis de la stocker directement en toiture pour alimenter la végétalisation lorsqu'elle en a besoin. On peut aller encore plus loin, avec le retraitement des eaux grises par phytoépuration en toiture, afin de les réutiliser pour irriguer cette même végétalisation. L'objectif est de maintenir la performance de rafraîchissement, y compris en période de stress hydrique, en utilisant un minimum d'eau du robinet.
Quel rôle le toit plat peut-il jouer dans la gestion des eaux pluviales ?
Sur une toiture en pente, l'eau descend naturellement sous l'effet de la gravité. Il faut donc la collecter en bas du bâtiment, puis éventuellement la remonter. À l'inverse, une toiture plate peut être dimensionnée pour stocker les eaux de pluie directement en toiture. Elle peut aussi fonctionner comme une éponge lors des épisodes pluvieux : tant qu'elle n'est pas saturée, l'eau reste sur place. C'est ce qu'on appelle l'abattement pluvial.
La végétalisation des toitures est encore souvent perçue comme un choix esthétique. Que permet-elle réellement ?
L'esthétique a longtemps dominé la perception des toitures végétalisées. Aujourd'hui, on parle plutôt de solutions fondées sur la nature. Une toiture végétalisée contribue à l'abattement pluvial et au retour de la biodiversité. Elle apporte aussi de l'inertie thermique — c'est le principe du château fort : en pleine chaleur, les gros murs en pierre restent frais parce qu'il faut beaucoup d'énergie pour les chauffer. Une toiture végétalisée ralentit ainsi l'entrée de la chaleur dans le bâtiment. Elle peut également améliorer l'isolation acoustique.
Ces toitures peuvent-elles aussi accueillir des panneaux photovoltaïques ?
Oui, et l'idée n'est pas d'opposer les solutions. On peut tout à fait combiner végétalisation et panneaux photovoltaïques. Placés au-dessus de la végétation, les panneaux créent de l'ombre et protègent les plantes lors des fortes chaleurs. Leur fonction première n'est pas de rafraîchir la ville, mais de produire de l'électricité. La toiture plate permet ainsi de réunir plusieurs usages : stocker l'eau, végétaliser, rafraîchir et produire de l'énergie. C'est ce qui en fait une surface stratégique pour le bâtiment durable de demain.